Image de Banniere

Apiculture

Michel Effantin : "L'abeille a besoin d'une grande biodiversité"

Derniére mise à jour le : 03/10/2009


Michel Effantin : L'abeille a besoin d'une grande biodiversité
.
La santé des abeilles est toujours un sujet délicat à aborder. Président de la section apicole du GDS de l'Isère, Michel Effantin dresse un bilan objectif pour le département. En 2008,  17% de mortalités ont été constatés par les agents sanitaires apicoles, qui ont visité 150 ruchers. Explications.
.

Michel Effantin :
"Nous travaillons sur le même territoire que les agriculteurs, nous devons apprendre à nous respecter les uns les autres."
Quelle est l'importance de l'activité apicole dans le département de l'Isère ?
.
D'après les déclarations de ruchers, on recense 25 000 ruches en Isère. Celles-ci sont détenues par 2 500 à 2 700 apiculteurs, dont une trentaine de professionnels, soit ceux qui possèdent au moins 70 ruches (base de la définition européenne de l'apiculteur). Ils disposent à eux seuls d'un tiers du cheptel.
.
Comment surveillez-vous la santé sanitaire des abeilles ?
.
Les cheptels d'abeilles sont suivis par des agents sanitaires apicoles (ASA). Ce sont des bénévoles, qui ont reçu une formation grâce aux financements de la Direction générale de l'Alimentation (DGAL). Leur présence est importante, car peu de vétérinaires interviennent sur l'abeille. Ces agents effectuent plusieurs types de visites : par tirage au sort, des visites dites orientées (avec un risque de maladie estimée) ou à la simple demande des apiculteurs. Sur place, ils échangent avec les apiculteurs sur des problèmes rencontrés, ils ouvrent les ruches et réalisent les diagnostics. Dans le cas d'une infestation très contagieuse, ils peuvent demander la destruction d'une ruche. Depuis 2006, le ministère de l'agriculture ne finance plus de nouvelles formations et nous perdons 5 à 6 agents par ans. Nous étions 62 en 2006, nous sommes 45 en 2009. C'est un sujet qui nous inquiète.
.

Quel bilan sanitaire ces agents ont-il dressé pour l'année 2008 ?
.
Nos agents sanitaires apicoles ont effectué 150 visites en 2008. Dans ces ruchers, ils ont constaté des infestations liées au varroa, un acarien parasite de l'abeille qui sévit dans l'ensemble de la France. Ils ont également recensé 12 cas de loque américaine, une maladie contagieuse qui provoque la mort des larves, de même que 12 cas de loque européenne. Au total, ils ont constaté une mortalité de 17% des abeilles, c'est un peu moins que la moyenne nationale (24%). Mais nous enregistrons des écarts très importants. Certains apiculteurs ont perdu la totalité de leur rucher.
.

Comment expliquez-vous ces mortalités ?
.
Au niveau national et mondial, on parle de causes multifactorielles. En premier lieu, il y a le varroa. Ensuite, nous n'avons pas toutes les réponses à nos questions. Nous ne parvenons pas à comprendre pourquoi les abeilles ont si peu de défenses immunitaires. Sur ces questions, nous nous orientons vers des problèmes liés à l'environnement. Ce sont les zones de grande culture qui font le plus de tort aux abeilles. Pendant 6 ou 7 mois de l'année, elles n'ont pas de fleurs où butiner.
.

Les apiculteurs ne déplacent-ils pas leurs ruches en fonction de leurs besoins ?
.
Les professionnels les déplacent pour aller chercher des floraisons. Mais la majorité des apiculteurs, les plus petits, sont sédentaires. Ils ont besoin d'une grande biodiversité. Les zones de grande culture posent un autre problème. Les passages d'insecticide, d'herbicide et de fongicide affectent directement les abeilles. Certaines molécules détiennent un agrément pour l'abeille. Mais, quand elles sont mélangées avec d'autres, elles peuvent devenir particulièrement toxiques. Répandu sur de grandes superficies, l'herbicide appauvrit la biodiversité. Nous n'avons plus, par exemple, de bleuets et de coquelicots dans les champs de blé.
.

Le problème est-il très marqué en Rhône-Alpes ?
.
En Isère et dans l'ensemble de la région Rhône-Alpes, nous sommes relativement protégés par rapport à d'autres zones. En nombre d'apiculteurs, Rhône-Alpes est la première région apicole de France. En Isère, nous rencontrons des problèmes avec les champs de maïs et, plus récemment, avec les noyers, à cause de la lutte obligatoire contre la mouche du brou. Les abeilles s'intoxiquent sur les trèfles blancs qui poussent au pied des arbres. Jusqu'à présent, nous n'avions aucun souci avec les vergers de noix. Nous devons trouver des solutions pour que les agriculteurs puissent produire, en utilisant les moyens nécessaires, tout en respectant l'abeille.
.

Que pensez-vous de l'initiative du conseil général de l'Isère, qui réunit toutes les parties autour de la table ?
.
C'est une initiative fabuleuse qui plaît à tout le monde ! Nous pouvons échanger avec les agriculteurs, parler de leurs problématiques, des nôtres, leur prouver qu'ils ont besoin des abeilles pour la pollinisation de leurs cultures.... Nous travaillons sur le même territoire, nous devons apprendre à nous respecter les uns les autres.
.

Etes-vous plutôt pessimiste ou optimiste quant auxs années à venir ?
.
En 2050, nous devrons nourrir 9 milliards d'habitants, leur fournir de l'eau potable. Il faut mettre en place une agriculture durable, ce qui nécessite une démarche volontariste. Nous devons réagir très vite. Les décisions prises dans les 3 ou 4 ans engageront des générations entières. La Pac 2013 et le plan Ecophyt 2018 sont des étapes à ne pas manquer. Les abeilles et les pollinisateurs en général contribuent à hauteur de 153 milliards d'euros à la richesse agricole mondiale. Ces insectes sont nécessaires à la production des 5 fruits et légumes préconisés. J'espère que nous n'irons pas jusqu'à une crise agricole et alimentaire avec les produits phytosanitaires. Nous devons prendre des précautions face à des firmes agrochimiques qui sont très puissantes.
.


Propos recueillis par Catherine Pellotier







































FRGDS Auvergne Rhône-Alpes

Adresse postale : 23 rue Jean Baldassini - 69364 Lyon Cedex 07

Tel: - Mail : frgds.aura@reseaugds.com