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Pâturage et parasites externes

Derniére mise à jour le : 17/05/2022

[ Pâturage et parasites externes ]

Avec les beaux jours, les vaches sont retournées pâturer dans les champs. Il faut être vigilants aux parasites externes qui peuvent être de véritables fléaux dans certaines pâtures.

 

Les parasites externes au champ regroupent : les mouches, les moustiques,  les taons mais aussi les tiques.

Ces parasites présentent plusieurs dangers :
-il s’agit tout d’abord d’une nuisance pour les bovins (une vache peut moins manger car elle est trop gênée par les mouches qui gravitent autour de sa tête ; les piqures de taons sont douloureuses)
-Beaucoup de ces parasites estivaux sont des vecteurs de maladies et peuvent donc transmettre des pathogènes plus ou moins graves.

Nous allons reprendre ces parasites un à un :

Les mouches (de façon générale, sans rentrer dans le détail de l’espèce) constituent le parasite le plus fréquent au pâturage et peuvent être responsables de vraies nuisances. Il s’agit de diptères et de nombreuses espèces existent. L’impact économique a été prouvé par des études qui montraient une perte de plus de 100 kg de lait par vache et par an et 6 kg de poids vif par veau.
Les mouches sont des vecteurs de maladies par plusieurs moyens :
  • Une mouche peut transmettre une maladie en se posant simplement sur la vache car ses pattes ne sont pas propres. C’est le cas de la kératite (transmission de la bactérie Moraxella bovis), mais aussi des mammites sur les génisses au vêlage (la contamination a lieu bien avant le vêlage, en pâture : il s’agit alors souvent de mammites à Trueperella pyogenes ou Staphylococcus aureus (ou alors d’animaux qui se tètent entre eux). Pour la kératite, le traitement consiste à mettre l’animal dans l’obscurité et nécessite souvent un antibiotique local voire une injection sous conjonctivale d’un mélange d’antibiotique et d’anti-inflammatoire.
  • Certaines mouches piquent les vaches et peuvent alors transmettre des maladies lors de la pîqure : c’est le cas de la Besnoitiose (la mouche transmet alors un parasite : Besnoitia besnoitii).
  • Enfin, l’hypdermose bovine, ou varron, est une maladie réglementée due au développement de larves d’une mouche (Hypoderma bovis ou lineatum). La mouche adulte ne vit qu’une semaine maximum et ne possède pas d’orifice buccale : elle ne vit que sur ses réserves accumulées lors du stade larvaire. Elle ne se déplace que sur un rayon approximatif de 5 km et pond environ 1000 œufs sur les poils des pattes, du ventre et des flancs des animaux avant de mourir. Les œufs éclosent 2 à 7 jours après et pénètrent activement dans la peau du bovin. Après 7 à 9 mois de migration, les vers atteignent le tissu sous cutané dorsal du bovin et provoquent un abcès sur le dos. A maturité, les varrons émergent de l’abcès,  tombent au sol et donnent une mouche 4 à 6 semaines après. Le traitement consiste à traiter l’animal à l’ivermectine. Certains cheptels sont tirés au sort chaque année en prophylaxie pour être dépistés lors de la prophylaxie annuelle, d’autres cheptels, dits orientés, sont testés chaque année.


  • Les mouches sont aussi responsables de myiases: ce sont alors les larves de mouches (les asticots). Ces derniers sont problématiques pour les veaux qui naissent dehors et qui peuvent attraper la diarrhée. Le traitement consiste alors à nettoyer l’arrière train souillé du veau avec une brosse dure et un peu de javel diluée
Pour se protéger contre les mouches, les vaches ont tendance à se regrouper pour « mutualiser » la seule protection qu’elles ont : la queue. En s’entassant ainsi, elles peuvent être en stress thermique (n’oublions pas qu’une vache est une chaudière sur pattes grâce au rumen) et il est alors fréquent d’avoir des trayons ou des queues écrasées.

Les taons sont également fortement présents dans les pâtures. Le taon est aussi un diptère mais est plus gros que la mouche.


Le male se nourrit de nectar des fleurs mais le taon femelle se nourrit de sang. A noté, qu'elle ne pique pas mais mord. Le taon a besoin d’eau au stade larvaire. La période d’activité est surtout entre mai et septembre. Le taon ne se nourrit qu’une seule fois par jour, donc quand il commence son repas (la piqure étant douloureuse, il se prend généralement un coup de queue ou de patte), il n’a qu’une idée en tête, c’est de finir son repas. Il va donc piquer le même bovin, ou un bovin à proximité immédiate du premier bovin (et ne va pas faire 5 km afin de finir son repas de sang). Il peut transmettre de nombreux pathogènes dont la besnoitiose, maladie qui peut entraîner de lourdes pertes dans un élevage, et tant que tout le monde ne luttera pas contre cette maladie, ce sera difficile de s’en débarrasser. Il n’existe aucun traitement contre la besnoitiose et c’est pourquoi il est important de séparer les bovins positifs des négatifs afin de préserver les négatifs. Seuls certains animaux font de la clinique (voir article sur le site de GDS38 au sujet de la besnoitiose ici )

Les moucherons (Culicoïdes) peuvent transmettre la FCO (Fièvre Catarrhale Ovine ou bluetongue) : il s’agit d’une maladie virale qui se présente sous 24 sérotypes et qui peut engendrer de lourdes pertes sur des troupeaux ovins, mais qui peut aussi provoquer des avortements chez les ruminants. Les moucherons sont capables de se déplacer sur de très grandes distances grâce au vent. Comme il s’agit d’une maladie réglementée, le mouvement des bovins, notamment pour la sortie du territoire, est soumis à la vaccination ou alors, une PCR peut être demandée avant l’export. Les moucherons peuvent aussi transmettre le virus de Schmallenberg, qui n’est pas réglementé mais qui est apparu en France en 2012. Ce virus est responsable d’une forme aigue bénigne chez les adultes (fièvre et chute de lait passagère) mais aussi d’une forme congénitale : avortements ou malformations avec des veaux et agneaux arthrogrypés (articulations bloquées) et hydrocéphales.



Enfin, les tiques sont de plus en plus présentes sur nos territoires (et même en hiver). La tique présente plusieurs stades et un seul repas est réalisé par stade.  Le cycle complet prend 2 à 4 ans. Ensuite la tique se décroche du bovin et passe au stade suivant. Plusieurs tiques existent en France : les plus connues sont :
  • Ixodes ricinus qui préfère les milieu frais et humides (bois, sous-bois, pâtures avec des haies. Elle peut transmettre la piroplasmose, l’ehrlichiose, l’anaplasmose ou la maladie de Lyme.
  • Dermacentor marginatus, et reticulatus préfère les zones boisées et lisières et reste actif lors de temps chaud. Elle peut transmettre la piroplasmose.
  • Rhipicephalus sanguineus, parasite plutôt le chien.
Les tiques sont les championnes pour transmettre des maladies :
  • La piroplasmose est une maladie parasitaire grave du bovin adulte : l’agent responsable est un protozaire qui vit dans le sang et qui détruit les globules rouges. Le diagnostic est clinique : « pissement de sang » : urines rouges/marrons qui moussent ; forte fièvre, diarrhée intense, chute de lait puis muqueuses qui palissent puis jaunissent (signe d’atteinte du foie). Le traitement est une injection précoce d’imidocarbe (Carbésia®) ainsi qu’une transfusion / perfusion / hépatoprotecteur pour maintenaire les fonctions hépatiques et rénales. La survie dépend de la précocité d’intervention. Une immunité peut se mettre en place selon l’épidémiologie locale.
  • L’anaplasmose est provoquée par une bactérie : Anaplasma marginale qui provoque la destruction des globules rouges mais qui sont alors éliminés par le « circuit normal de fin de vie d’un globule rouge » c’est-à-dire par le foie : il n’y a pas d’hémoglobinurie contrairement à la piro. La clinique est souvent une forte fièvre avec des muqueuses pales et une baisse de production laitière et le bovin est plutôt constipé. Le traitement repose sur l’oxytétracycline pendant 5 jours ou l’imidocarbe Carbesia® à forte dose).
  • L’ehrlichiose est une maladie bactérienne provoquée par Anaplasma phagocytophilum qui détruit les globules blancs. Elle est caractérisée par une forte fièvre. Elle peut également provoquer un avortement, une grippe et des paturons enflés (signe inconstant mais caractéristique). Le traitement repose sur l’utilisation d’oxytétracyline longue action.
  • La fièvre Q est une maladie bactérienne due à Coxiella burnetii responsable d’avortment, de prématurité ou d'un veau faible à la naissance. A priori, l’avortement à Coxiella ne se produit qu’une fois chez la vache, les multipares séropositives ayant moins de risques d’avorter. La prinicpale transmission de la fièvre Q est la voie aérienne mais une transmission par les tiques a été prouvée. Il s’agit d’une zoonose responsable chez l’homme d’un syndrome grippal pouvant se compliquer d’endocardite et chez la femme enceinte, d’avortement.
  • Les mycoplasmoses sont des pathologies induites par les mycoplasmes : des bactéries de petite taille de culture difficile. Mycoplasma wenyonii se retrouve dans le sang, libre, sur les globules rouges et peut y persister 5 à 7 semaines après l’infection. La clinique est peu spécifique : hyperthermie, chute de lait, œdème des jarrets, anémie, ictère, raideur musculaire, toux, perte de poids….
  • La maladie de Lyme est une maladie bactérienne provoquée par Borrelia burgoferi et peut provoquer chez la vache des avortements et de la mortinatalité. Le traitement repose sur l’emploi de pénicillines pendant 10 jours ou d’oxytétracycline pendant 3 semaines.
 
La prévention contre tous ces parasites est donc essentielle mais malheureusement difficile. Les répulsifs ne sont pas efficaces contre tous (les taons et les tiques sont les plus réfractaires) et leur efficacité est limitée dans le temps. Plusieurs formes de traitement existent :
  • Le pour on,
  • Les boucles auriculaires,
  • Les seaux de phytothérapie, en général à base d’ail et malheureusement le seul traitement autorisé en élevage biologique.
Il existe 5 familles chimiques utilisées contre les arthropodes, la plupart en utilisation externe :
  • Les organophosphorés (phoxime) Sebacil®,
  • Les carbamates,
  • Les amidines,
  • Les pyréthrinoïdes (deltaméthrine, perméthrine,…). Butox®, Deltanil® Flectron® (il est maintenant difficile de s’en procurer), Bayticol®…
  • Les lactones macrocycliques (ivermectines, moxidectine,..) sont les seules à être disponible sous forme injectable.
La lutte biologique contre les tiques consiste à limiter les contacts entre tiques et bovins en limitant l’accès aux haies. Oxylis® est un produit répulsif utilisable en agriculture biologique à base d’huiles essentielles de citronnelle, de géranium et de Palmarosa parmi pleins d’autres préparations.

Céline SAVOYAT,
Véterinaire conseil au GDS38










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