Conseil d'élevage
Traiter les strongles
Derniére mise à jour le : 03/05/2004
Mise à l'herbe : traiter contre les strongles
Avant de sortir les jeunes bovins sur les pâtures pour la première fois, le vétérinaire Bertrand Dechenaud recommande un traitement avec des produits rémanents. Une bonne gestion des pâtures permet aussi de limiter l'ingestion des parasites.
Quels animaux traiter contre les strongles avant la mise à l'herbe ?
Il faut traiter en priorité les jeunes animaux qui sont démunis de toute immunité vis-à-vis des strongles, qui vont être mis à l'herbe pour la première fois. C'est également utile de traiter lors de la deuxième année de pâture. Entre une génisse traitée et non traitée, la différence se voit indiscutablement à la rentrée de novembre. La génisse non traitée n'aura pas un poids optimal. Pour les génisses traitées, le gain de poids est dû à l'absence de parasite, donc à l'augmentation de la quantité d'herbe ingérée. Pour les vaches adultes, l'idéal est de le faire aussi. Mais le gain de poids, de productivité en lait, l'aptitude à la reproduction, la qualité du colostrum, la vitalité du nouveau-né et autres critères sont moins quantifiables par les éleveurs. La plupart du temps, ils traitent une fois par an les vaches adultes.

L'ingestion d'un bolus avant la mise à l'herbe. Un produit qui agit pendant cinq mois.
Quels produits utiliser ?
Pour la première année de pâture, le bolus est rentré dans les moeurs. Le produit est à faire avaler aux bovins avant la mise à l'herbe. Il agit pendant cinq mois, ce qui couvre la période de pâturage. Les ivermectines en pour-on commencent aussi à se développer de plus en plus. Le produit est versé sur le dos de l'animal, mais il faut répéter l'opération deux fois dans la saison si on veut avoir une efficacité comparable à celle du bolus. Le coût de traitement de l'ivermectine est moins élevé que celui du bolus, mais deux manutentions sont nécessaires au cours de la saison. Le pic parasitaire est toujours au mois d'août, donc il faut retraiter à la fin du mois de juillet. Ces produits rémanents réduisent très fortement le nombre d'oeufs de parasites rejetés avec les bouses. Ils améliorent ainsi la quantité et la qualité de l'herbe disponible pour les ruminants. Les éleveurs qui ne mettent que des génisses traitées sur une parcelle vont aussi assainir leur pâture. Nous utilisons de moins en moins les dérivés de benzimidazol qui n'ont qu'une action limitée. Ces produits ne sont pas chers mais leur efficacité est ponctuelle. Ils tuent les parasites dans l'animal au moment du traitement, mais sans rémanence. Ils n'empêchent pas la recontamination et n'ont aucune action sur les pâtures.

Une bonne gestion des pâtures permet-elle de limiter les ingestions du parasite ?
C'est sûr qu'il ne faut pas mettre de jeunes bovins sur une pâture où sont passées des vaches adultes non vermifugées. L'idéal est de réserver pour les génisses des pâtures sur lesquelles aucun adulte n'est passé. En élevage allaitant, quand le veau est sous la mère, le traitement du veau est indispensable. Pour les mères, traiter une fois dans l'année est primordial pour limiter la contagion des jeunes. Pour les rotations des animaux, il faut jouer avec la période prépatente du cycle des larves qui est de trois semaines. L'idéal serait de ne pas laisser les bovins plus de trois semaines au même endroit. Avec une bonne gestion des pâtures, on pourrait à la limite se passer de traitement contre les parasites, les agriculteurs bio ne traitent pas. Avec une rotation rapide et une fauche de l'herbe appropriée on arriverait peut-être à diminuer la charge des pâtures. Mais les surfaces herbagères ne sont pas toujours bien suffisantes. Quand l'élevage est intensif, avec une surface réduite et beaucoup d'animaux, mieux vaut traiter.
Faut-il laisser les bovins développer leur immunité ?
Certains disent qu'il faut laisser l'animal se contaminer suffisamment pour qu'il développe une immunité naturelle. Des bolus à libération séquentielle existent aussi pour favoriser cette immunité. Au lieu de diffuser le produit d'une façon continu, il libère une dose toutes les trois semaines environ. Cependant, les bolus à libération continue permettent tout de même de développer une immunité. Les organes des animaux sont malgré tout en contact avec les différents parasites d'une façon répétée. Même si ces périodes sont brèves, elles suffisent au développement des défenses naturelles. Nous n'avons jamais rencontré de problème avec les bovins traités deux années consécutives avec des bolus à libération continue. A l'âge adulte, quelque soit le traitement instauré au départ, la protection me semble suffisante pour éliminer un certain pourcentage de strongles, mais jamais la totalité. Il faut rester vigilant et ne pas oublier que la conduite d'élevage reste primordiale.
C. P.
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