Conseil d'élevage
Sécheresse : alternatives aux fourrages
Derniére mise à jour le : 08/10/2004
Sécheresse
:
quelles alternatives
aux fourrages traditionnels ?
Par Barbarra Bonetti, Chambre d'Agriculture de l'Isère
Les
conséquences de deux années de sécheresse sont déjà fortes dans la majeure
partie du département. Quelles alternatives aux rations classiques peuvent
être mises en place pour les troupeaux laitiers ? Plusieurs solutions existent,
au sein même de l'exploitation ou à l'extérieur. Leur intérêt doit être examiné sur chaque exploitation.
Les céréales immatures : une solution parfois coûteuse mais intéressante
Dans
les zones les plus fraîches, l'ensilage de céréales immatures peut encore
être une solution en cas de sécheresse très marquée. Pour une bonne conservation
et une bonne ingestion, il doit être réalisé au stade laiteux - pâteux.
L'ensilage de céréales immatures se conserve bien à condition de le récolter
en dessous de 35% MS et de hacher fin (1 à 2 cm). Pour limiter le développement
des moisissures, il est recommandé d'épandre 2,5 à 3 kg de sel/m² de silo
en le faisant pénétrer sur 20 à 25 cm. Bien tasser et consommer rapidement
afin de limiter le réchauffement du front d'attaque. L'ensilage doit être
également réalisé au moins 3 semaines après tout traitement aux pesticides.
Avant, les fermentations du silo risquent d'être modifiées et des résidus
risquent d'être retrouvés dans le lait.
Les céréales immatures : une solution parfois coûteuse mais intéressante
On estime que le rendement en ensilage, un mois avant la récolte du grain, équivaut à 170% du rendement en grain. Il faut ensuite déduire 15% de pertes pour obtenir le rendement utile. La valeur alimentaire des ensilages de céréales se rapproche de celle d'un ensilage de maïs médiocre ou d'un foin moyen (0,65 à 0,70 UFL - 50 à 60 PDIE / PDIN selon le types de céréales et la teneur en grain)
Autre avantage de l'ensilage de céréales immatures : il permet de libérer précocement des terres et favorise l' implantation d'une culture dérobée (RGI, sorgho, colza fourrager).
Les sécheresses précédentes ont montré qu'il est possible de nourrir des vaches produisant 20 kg de lait uniquement avec des rations de paille et concentré.
Les traitements mécaniques de la paille ne sont intéressants que pour faciliter le mélange avec des aliments humides car ils n'améliorent ni l'ingestion, ni la digestibilité. La paille traitée à l'ammoniac est mieux consommée et a une meilleure valeur alimentaire ; elle trouve une bonne place dans une ration mixte. Son utilisation doit répondre à certaines règles que votre technicien pourra vous communiquer. Ce traitement est cependant moins intéressant avec une forte complémentation en concentrés.
L'incorporation de la mélasse de canne ou de betterave rend la paille plus appétente. Pensez aussi à la paille de pois dont la valeur alimentaire est nettement meilleure que celle de la paille de blé (proche d'un foin de légumineuses tardif). Attention, les pailles de pois traitées au défanant ne doivent pas être utilisées.
Les rations mixtes paille + ½ ration de maïs ou ensilage d'herbe sont aussi intéressantes et permettent en particulier de bonnes transitions.
Que vous utilisiez des céréales immatures ou de la paille, votre ration comportera certainement plus de concentrés que d'habitude. Pour limiter les risques d'acidose et de baisse du TB, il faut soigner la transition et distribuer des céréales grossièrement broyées ou aplaties. L'ajout de bicarbonate de sodium (150 à 200 g/j) et de magnésium (30 à 50 g/j) permet de limiter les chutes de TB. Les céréales étant pauvres en calcium et sodium, un complément peut aussi être utile. Au delà de 7à 8 kg de concentrés par jour, il est conseillé de fractionner la prise en 3 repas.
Du sorgho, du colza fourrager ou du ray grass italien peuvent être semés tout de suite après la moisson, avec un travail très léger à la herse et surtout sans déchaumage afin de ne pas assécher encore plus le sol. Privilégiez les sols profonds où les plantes pourront aller chercher de l'humidité ou les parcelles irrigables pour le RGI. Ils seront récoltés à l'automne sous forme d'ensilage.
De façon générale, le sorgho est une plante intéressante en région sèche et ce d' autant plus que le sol est profond car il fournit un rendement supérieur au maïs lorsque la pluviométrie est faible et irrégulière. Il se sème plus tard que le maïs, ce qui le rend intéressant après le RGI et ses coûts de production sont moindres. Il s'ensile facilement et se conserve bien.
Pour les exploitations qui n'ont que des sols superficiels sans possibilité d'irrigation, du colza fourrager pourra être semé en début d'automne
L'achat de maïs sur pied peut se faire sur la base du rendement attendu en grain, selon des équivalences entre les rendements en grain et en ensilage qui varient selon les régions et les variétés. Le calcul du prix d'équivalence doit tenir compte de la valeur potentielle du grain, de l'économie de frais de récolte du vendeur et du fait qu'il perd aussi des éléments fertilisants du fait de l'ensilage des cannes. Contactez votre technicien qui pourra vous communiquer le mode de calcul précis.
Co-produits
De nombreux co-produits peuvent être utilisés, des plus classiques (drêches de brasserie, pulpe de betterave, corn gluten feed, produits de la pomme de terre) aux plus occasionnels (écarts de carottes, co-produits de haricots verts ou petits pois).
Leur utilisation peut comporter trois difficultés :
- leur disponibilité : ils sont souvent achetés par contrats conclu longtemps à l'avance
- leur forme et leur aptitude à la conservation : il faut avoir les installation pour stocker et surtout conserver des produits humides tout l'été.
- attention aux transitions de régimes en cas d'achats successifs de co-produits différents
Dans tous les cas, leur utilisation doit se faire selon des conditions précises que votre technicien vous indiquera.
Une partie du troupeau peut valoriser les surfaces délaissées : retour en friches, sous-bois
La vente de certains animaux peut être avancées : accélérer la finition des génisses et le départ des réformes en lait ; en système allaitant, broutards et laitonnes peuvent sortir d'autant plus que le marché est porteur. La décision de mise en réforme de vaches permet d'adapter le nombre d'animaux primés au nombre de vêlages et ainsi d'éviter l'achat d'alimentation pour les animaux non primés.
Pour les prochaines années, la mise en alpage de génisses peut permettre d'économiser de la surface fourragère sur l'exploitation
Attention, dès que la température baissera, des prairies qui ont peu donné peuvent produire de façon plus importante qu'à la même période en saison plus "normale". Un épandage de 30 unités N/ha permettra de maximiser la repousse des graminées.
Parmi ces mesures, laquelle choisir ? Selon les exploitations, elles suffiront ou devront être complétées par des achats de fourrages. Avant tout achat, seul un bilan fourrager, que vous pouvez effectuer avec un technicien, vous permettra de bien définir votre déficit et de trouver la solution la plus adaptée.
Pour toute information complémentaire ou pour vous aider à faire le bon choix, contactez :
votre contrôleur laitier
Relais à Grenoble : J.-P. GORON : 04 76 20 68 96
à l'EDE de l'Isère Thomas BERTIN : 04 76 20 67 14
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