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Ehrlichiose bovine : entre faune sauvage et animaux domestiques
| 16/05/2006 | Ehrlichiose
bovine :
Les bi-ongulés sauvages sont susceptibles de révéler la présence d'Anaplasma phagocytophilumdans une région d'élevage . | |
Cet
article est mis en ligne grâce à l'aimable collaboration de ...
| Lundi
15 mai 2006, une quinzaine de vétérinaires se sont réunis à Voiron pour
une réunion d'information sur l'Ehrlichiose
Granulocytaire Bovine (EGB) organisée
à l'initiative du Docteur Guy Joncour, président de la section Faune sauvage
de la commission Environnement de la SNGTV. Cette réunion a permis de faire
le point sur cette maladie émergente encore inconnue en France il y a une
quinzaine d'années. Suivie d'un dîner convivial, elle a également offert
l'occasion d'un échange intéressant entres les différents professionnels
présents dont des médecins, des membres de l'Office Nationale de la Chasse
et de la Faune Sauvage (ONCFS), de la Fédération de Chasse (FDC38) et des
représentants de laboratoires publics et privés. Après quelques rappels
sur la pathologie et l'épidémiologie de cette maladie, le Docteur Guy Joncour
a présenté l'intérêt de l'identification des réservoirs et des espèces
sentinelles dans un département de montagnes où la maladie est présente
depuis plusieurs années.
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| L'ehrlichiose
granulocytaire bovine également appelée « fièvre des pâturages » est une
hémo-bactériose infectieuse, non contagieuse, vectorisée par des tiques
dures. Chez les bovins primo-infectés, elle peut provoquer des troubles
sévères allant d'un syndrome grippal estival, à une chute plus au moins
grave de la production laitière, parfois associée à des avortements enzootiques.
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| La
maladie entraîne également une baisse des défenses immunitaires se manifestant
par une leucopénie et une thrombopénie en raison de la localisation intra-leucocytaire
de la bactérie. L'occasion de rappeler que les infections intercurrentes
surviennent dans approximativement deux cas sur trois et peuvent rendre
le diagnostic complexe.
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| Si
le diagnostic peut être facile lorsque l'on observe une toux d'été et des
avortements enzootiques associés à des oedèmes des paturons, cette situation
reste rare puisqu'elle se présente dans un cas sur dix environ. L'acquisition
de nouvelles parcelles ou une mise à l'herbe en périodes favorables et
en milieux à tiques doivent par exemple retenir l'attention. L'introduction
d'animaux naïfs peut également favoriser l'émergence de la maladie. En
effet, rappelons qu'une immunité naturelle par prémunition s'installe chez
les génisses non gestantes mises en pâture dans les zones à risque puisque
le taux de séropositivité est plus important dans les troupeaux sains en
première saison de pâture que dans les troupeaux présentant des troubles
cliniques.
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| Le
diagnostic de suspicion devra être confirmé par des examens complémentaires
de laboratoire. L'examen direct du frottis sanguin dans les quatre jours
suivant le début des symptômes peut permettre de mettre en évidence des
inclusions en forme de morula dans les leucocytes. Un diagnostic sérologique
par immunofluorescence indirecte est utilisable pour détecter les anticorps
anti-Anaplasma phagocytophilum apparaissant vers trois semaines
en primo-infection et persistant jusqu'à quatre mois en l'absence de re-contamination.
La PCR peut être utilisée jusqu'à 10 jours environ à partir de sang total,
de sérum, de plasma ou d'organes dont notamment la rate. Elle peut également
être utilisée pour mettre en évidence l'agent pathogène dans les tiques.
Un traitement à base de cyclines à fortes doses peut parfois permettre
d'apporter un "diagnostic thérapeutique". Malgré la mise en place
d'un traitement, des rechutes sur un même individu d'une saison à l'autre
restent possibles essentiellement à cause de ruptures d'immunité et d'une
variabilité de la pathogénicité des souches. Certaines peuvent en effet
être mortelles.
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| Alors
qu'entre 1991 et 1998, seuls deux foyers d'ehrlichiose granulocytaire bovine
étaient identifiés en France, la conduite d'une enquête nationale de prévalence
par l'URGTV Bretagne et la SNGTV a permis de mettre en évidence près de
700 foyers de la maladie dans 74 départements. Il reste évidemment difficile
aujourd'hui de faire la part entre émergence et pression diagnostique.
Cependant, cette maladie est une zoonose dont les premiers cas ont été
identifiés en Europe en 1997 en Slovénie. Quelques cas d'anaplasmose humaine
ont également été identifiés en France. La transmission se fait par morsure
d'une tique infectée et les symptômes peuvent aller d'un « syndrome grippal
estivale » à des formes cliniques plus sévères notamment liées au caractère
immunodépressif de la maladie.
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(c) 2006 - Guy Joncourt . | |
| La
question se pose donc aujourd'hui de savoir si certaines espèces d'animaux
sauvages peuvent être des « révélateurs » de la présence d'Anaplasma
phagocytophilum. Autrement dit, si ces animaux peuvent être des sentinelles
pour les espèces sensibles telles que les bovins, les ovins, les caprins,
les chevaux ou encore l'Homme. Les Cervidés ont par exemple d'ores et déjà
été identifiés comme des culs-de-sac épidémiologiques mais comme d'excellentes
sentinelles. Hôtes privilégiés des tiques, ce sont également des animaux
territoriaux. D'autres espèces d'animaux sauvages présentes en Isère pourraient
également constituer des sentinelles potentielles telles que le chamois,
le bouquetin ou encore le mouflon.
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| Les
perspectives d'étude restant vis-à-vis de l'ehrlichiose granulocytaire
bovine sont nombreuses. Le recensement et la cartographie de répartition
des vecteurs ou encore l'identification exacte des réservoirs de la bactérie
en font partie. Rappelons que les tiques se contaminent à partir de petits
mammifères tels que le mulot, le campagnol ou encore la musaraigne et qu'il
n'y a pas de transmission transovarienne de l'agent pathogène chez la tique.
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| Le
département de l'Isère offre, outre sa biodiversité, la possibilité de
préciser l'évolution de la population de vecteurs en fonction des gradients
altitudinaux notamment. Ixodes ricinus a déjà été identifiée jusqu'à
1200 mètres d'altitude. Par ailleurs, la pratique de la conduite en estive
des troupeaux pourrait permettre de préciser le rôle des mouvements d'animaux
dans la colonisation des vecteurs et les conséquences des translocations
d'animaux naïfs. La
répartition géographique des bovins dans le département est en effet nettement
différente selon la saison, fonction que l'on s'intéresse aux sites d'élevage
ou à ceux d'estives. Or, près d'un
bovin sur quatre du département se rend en estive, sans compter les déplacements
des ovins et des caprins.
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| L'enquête
conduite au niveau nationale en 2004 sous l'égide de la SNGTV a permis
d'affiner nos connaissances vis-à-vis de l'ehrlichiose granulocytaire bovine.
Cependant, de nombreuses interrogations subsistent encore. Un travail pluridisciplinaire
impliquant médecins, vétérinaires, éleveurs, chasseurs, collectivités ou
encore laboratoires devra être fait pour pouvoir apporter des réponses
et envisager à terme la meilleure prévention possible.
. | ||
| Alexandra Senkowski |
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