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BVD

BVD : situation et actions en Bretagne


MAITRISE COLLECTIVE DE LA BVD SITUATION ET ACTIONS EN BRETAGNE

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Après avoir limité pendant 15 ans leur intervention aux seuls élevages atteints de signes cliniques dus au virus de la BVD, les GDS bretons ont démarré une action de maîtrise collective. La réalisation de 3 analyses sérologiques sur les laits de grand mélange, tous les 4 mois, permet de connaître le statut de chaque cheptel laitier; et de les classer, selon le pourcentage de vaches séro positives qu'ils détiennent, en 5 grandes catégories. Les proportions de cheptels dans chaque catégorie sont stables (40 % d'indemnes, 20 % de faiblement contaminés, 33 % de contaminés) et sont le résultat d'un équilibre dynamique : les taux de survie et de transition entre chaque catégorie sont décrits. Le taux de survie sur 16 mois en A (indemne) est de 84 %. Les modalités de contamination des élevages sont par ailleurs bien connues (introduction, voisinage).

Compte tenu de ces éléments, l'action de maîtrise collective mise en place en Bretagne a pour objectif de maîtriser l'incidence clinique. Des mesures de protections sont proposées à tous les éleveurs, quel que soit leur statut. Dans certaines zones, la gestion du risque lié au voisinage est assurée par le repérage et l'identification de tous les IPI avant la mise à l'herbe ; la gestion du risque introduction est assurée par le contrôle de tous les animaux avant leur introduction dans le troupeau reproducteur ; à terme des garanties avant la vente seront disponibles.

Implications pratiques :

-        Chaque éleveur breton dispose du statut, réactualisé tous les 4 mois, de son cheptel vis à vis de l'infection par le virus de la BVD.
-        Un plan de protection type a été élaboré et est proposé à chaque éleveur (selon son statut)
-        Pour les statuts non favorables, des protocoles précis (prélèvements, analyses) sont standardisés et permettent de repérer les IPI dans les différentes catégories d'animaux. Un référentiel technique très précis décrit les modalités pratiques.
-        Dans certaines zones, ces protocoles sont systématisés à tous les élevages de façon à gérer conjointement l'incidence clinique en maîtrisant notamment les contaminations par le voisinage. Le vétérinaire y joue un rôle essentiel (réalisation de bilans épidémiologiques avec le GDS).
 Introduction
 I - Evaluation de la prévalence et de la dynamique de l'infection en Bretagne (étude préliminaire)
 II - Description de la situation en Bretagne
 III - Facteurs de risque de contamination des élevages bovins laitiers en zone Brocéliande
 IV - Action de maîtrise collective en Bretagne
 Conclusion
 Bibliographie

Introduction 

Depuis plus de 15 ans, les GDS bretons et les vétérinaires ont largement développé les plans d'assainissement BVD en élevage atteint de signes cliniques imputables au BVDV. Basés sur la détection - élimination des IPI et la vaccination des séro négatives, ces plans sont bien rodés (4) et concernent tous les ans 600 à 800 élevages soit environ 3 % des cheptels bretons. Ce taux peut être assimilé au taux d'incidence clinique apparent. Malheureusement, de nombreux exemples de recontamination d'élevages assainis viennent tempérer l'enthousiasme et la satisfaction générale ressortant de cette action. Fréquentes (estimées à 10 % des nouveaux dossiers), ces recontaminations sont le plus souvent dues à des contaminations de voisinages, dont la réalité n'est plus à démontrer (3) d'autant plus que les éleveurs et leurs conseillers sont peu enclins à appliquer et à maintenir des schémas de vaccination, en raison d'une part de la complexité des protocoles, d'autre part de l'absence de données objectives sur l'efficacité de la vaccination à grande échelle.

Afin de maîtriser au mieux l'incidence de la maladie, les GDS bretons ont donc été amenés à proposer une action de maîtrise collective, qui peut être divisée en 4 grandes étapes :

-        1996 :        mise au point et diffusion d'un document technique proposant des actions d'assainissement et de prévention à l'ensemble des éleveurs (7).
-        1998 :        évaluation de la fréquence et de la dynamique de l'infection par le virus BVD dans les troupeaux laitiers bretons et étude sur les facteurs de risque de contamination.
-        2000 :        description exhaustive des statuts des troupeaux bretons
-        2001 :        mise en place d'une action de maîtrise collective

I - Evaluation de la prévalence et de la dynamique de l'infection en Bretagne (étude préliminaire)

I.1 - Matériel - Méthodes

Sur un total de 25 000 troupeaux laitiers bretons, 2 400 troupeaux de plus de 20 vaches laitières ont été tirés au sort. Des prélèvements de lait de grand mélange (LGM) ont été effectués tous les 4 mois de Février 1998 à Février 2000, et testés par les laboratoires interprofessionnels à l'aide d'un kit ELISA Anticorps Anti p80 (compétition), commercialisé par la société LSI.

Dans cent cinquante trois des 2 400 troupeaux concernés par l'étude, un prélèvement de lait individuel de toutes les vaches entrant dans la composition du LGM a été réalisé le même jour. De plus, des prélèvements sanguins ont été réalisés sur 1 189 vaches pour évaluer la sensibilité et la spécificité du kit ELISA appliqué au lait individuel en référence à la séroneutralisation.

I.2 - Résultats

I.2.1 - Relation entre le pourcentage d'inhibition du LGM et la prévalence des animaux positifs

Tableau I:
Prévalence attendue des animaux positifs dans le troupeau en fonction du pourcentage d'inhibition d'un prélèvement de LGM (kit ELISA BVD/BD p80 compétition) (3). (Tableau établi à partir de 134 troupeaux)
La prédiction de la prévalence des animaux positifs intra  troupeau est bonne pour des pourcentages d'inhibition inférieurs à 35. Pour les troupeaux avec des pourcentages d'inhibition supérieurs à 60, cette prévalence est variable, mais améliorée lorsque deux pourcentages d'inhibition consécutifs à plus de 60% sont observés (moyennes des animaux positifs = 80% ; médiane = 93 %). La prévalence intra troupeau est calculée par rapport à l'ELISA appliquée au lait individuel. La sensibilité et la spécificité de l'Elisa individuelle (effectuée sur le lait) par rapport à la séroneutralisation (effectuée sur le sérum) sont respectivement de 96,9 et 97,3 % (1).

I.2.2 - Définition du statut des troupeaux

Chaque statut est caractérisé par une succession de 3 résultats consécutifs (dont le premier représente le résultat de l'analyse la plus ancienne et le dernier la plus récente).

Tableau II: Définition des statuts des troupeaux vis à vis de l'infection par le virus de la BVD

I.2.3 - Prévalence de l'infection dans les troupeaux laitiers bretons.

Tableau III Prévalence de l'infection BVD dans les troupeaux laitiers bretons (n = 2 135 troupeaux) (5)
La séquence 1 est calculée à partir des 3 premiers prélèvements (6/98, 10/98, 2/99) ; la séquence 5 est constituée des prélèvements de 6/99, 10/99 et 2/00)
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I - 2.4. Dynamique de l'infection dans les troupeaux laitiers bretons : taux de survie et de transition observés sur 16 mois (5)
Tableau IV Dynamique de l'infection BVD dans les troupeaux laitiers bretons : taux de survie et de transition observés sur 16 mois.
Sur une période de 16 mois incluant 2 périodes hivernales, la proportion de troupeaux A est restée stable (42% en moyenne) ; 84 % des troupeaux initialement A le sont restés ; le statut B semble être un statut de transition (vers le A pour 31 % d'entre eux et vers le D pour 19 % d'entre eux). Une simulation sur 15 ans par chaîne de Markov montre que les proportions des différents statuts seraient les mêmes dans 15 ans et illustre bien la notion d'équilibre dynamique existant entre les différents statuts : certains élevages s'assainissent pendant que d'autres se contaminent.

II - Description de la situation en Bretagne
 

II.1 - Résultats

A partir de juin 2000, tous les troupeaux laitiers bretons ont été soumis à un prélèvement de LGM. Ils ont été analysés selon le même rythme, par les mêmes laboratoires et avec le même kit d'analyse. Les résultats sont les suivants (total : 20 000 troupeaux environ)

Tableau V : Résultats pour l'ensemble de la Bretagne en juin 2002


II.2 - Commentaires

1.        La proportion de chaque statut est conforme à ce qui avait été observé dans l'étude initiale sur 2 135 troupeaux ; toutefois le % de « A » est inférieur (3 points) et le % de D supérieur (2 points) dans l'étude exhaustive. Plusieurs éléments d'explication peuvent être avancés : le poids de chaque département était le même dans l'étude initiale ; le poids du 35 est plus important dans l'étude exhaustive. Par ailleurs, le poids des élevages au contrôle laitier et supérieur à 20 VL était plus important dans l'étude régionale. .
2.        Les taux de survie et de transition ont été recalculés sur une période plus récente (février 2001/juin 2002); deux observations essentielles ressortent : dans le quartile constitué des cantons où le % de A est le plus élevé, ce taux est de 90 % alors qu'il n'est que de 72 % dans le quartile opposé. Le taux de transition des B vers A y est également beaucoup plus élevé (35 contre 19 %). Ces chiffres illustrent parfaitement les risques de contamination par voisinage. .
3.        Concernant les allaitants, notre méthode, bien que non validée pour l'instant, discrimine assez nettement 2 catégories de troupeaux (56 % de A, 31 % de D), ce qui est cohérent avec la conduite d'élevage de cette production.

III - Facteurs de risque de contamination des élevages bovins laitiers en zone Brocéliande .
Pendant 3 étés consécutifs, les pratiques d'élevages de plus de 200 troupeaux ont été décrites ; les relations entre les pratiques et le statut du troupeau ont été recherchées dans 3 modèles (régression logistique). Ces travaux ont fait l'objet de 2 thèses vétérinaires (3) (6).

Les principaux résultats sont les suivants (3) :

Facteurs significatifs mis en évidence

Tableau VI Relation entre les facteurs de risque et le statut contaminé (1)

(1) Contaminé : statut régulièrement positif pendant le suivi.
(2) OR : Odds Ratio
(3) IC : Intervalle de Confiance

Tableau VII Relation entre les facteurs de risque et les statuts infectés (4) et contaminés

(4) infecté : passé d'un statut négatif à positif pendant le suivi

Ces résultats illustrent parfaitement les différents risques ; si le fait d'acheter des bovins viande multiplie par plus de 4 le risque d'être contaminé, le contact avec les génisses d'autres exploitations multiplie ce risque par 3. Une maîtrise collective de la BVD doit donc prendre en compte (au minimum) tous ces éléments.
Ces résultats illustrent parfaitement les différents risques ; si le fait d'acheter des bovins viande multiplie par plus de 4 le risque d'être contaminé, le contact avec les génisses d'autres exploitations multiplie ce risque par 3. Une maîtrise collective de la BVD doit donc prendre en compte (au minimum) tous ces éléments.

IV - Action de maîtrise collective en Bretagne .

Objectifs


L'objectif principal est et reste la maîtrise de l'incidence clinique dans l'ensemble des élevages. Cet objectif est clairement souhaité par les éleveurs et clairement annoncé par les responsables professionnels.

Il est bien évident que, compte tenu des particularités locales et départementales, les moyens mis en oeuvre et le calendrier ne seront pas forcément les mêmes d'un département à l'autre voire d'un canton à l'autre.

Par exemple, dans un canton où 80 %  des élevages sont classés A et où les achats de bovin viande sont peu nombreux, l'action mise en place pourra associer des mesures de contrôle à l'introduction (ou des garanties avant la vente) et de maîtrise des risques voisinage : si la mise en place de double clôture est envisageable, le repérage à l'aide de moyens simples et peu coûteux des derniers IPI l'est également.

Mais, dans un canton où seulement 20 % des cheptels sont classés en A et où les contacts entre des génisses laitières et des bovins d'autres troupeaux sont fréquents, quelle est la mesure à mettre en oeuvre : double clôture systématique ? Vaccination ? Recherche systématique des IPI avant la mise à l'herbe ? Bien entendu ces mesures pourront être associées entre elles et complétées par des mesures à l'introduction.

Moyens retenus


Les pierres angulaires de l'action de maîtrise collective sont dans tous les cas, la maîtrise des nouvelles contaminations, par introduction ou par voisinage.

La stratégie retenue par les 4 GDS bretons consiste donc pour maîtriser l'incidence clinique, à repérer les IPI dans les élevages à risque et/ou à problème (élevages « malades », vendeurs, voisins) et à limiter l'introduction du virus BVD par achat dans les troupeaux reproducteurs.

Tableau VIII Actions possibles pour maîtriser l'incidence clinique à titre individuel ou collectivement


Un des points clés actuels et essentiels est bien entendu la gestion des lots de génisses : le travail avec les vétérinaires, lors de bilans épidémiologiques réguliers, est fondamental pour déterminer les mesures à mettre en oeuvre dans chaque élevage.


Par ailleurs, pour limiter les coûts et standardiser les méthodes de prélèvement et d'analyse, un référentiel technique a été rédigé et présenté à tous les vétérinaires.

Enfin, il est à prévoir que l'émergence de techniques nouvelles (PCR en particulier) apportera, dans les mois à venir des modifications substantielles des modalités pratiques de l'action (ex. : analyses à l'introduction effectuées sur des mélanges de 20 sérums... voire plus, PCR appliquée au lait de tank).

La différence fondamentale entre des actions individuelles et une action collective est la maîtrise du risque voisinage : individuellement, chaque éleveur peut se protéger ; collectivement, les GDS peuvent envisager de limiter la circulation virale « dans les campagnes » en analysant les lots de génisses mises en pâture.

Premiers résultats

Dans de nombreux secteurs (une zone représentant 20 % des élevages morbihannais, plusieurs groupes de communes en Côtes d'Armor, une zone fortement contaminée en Finistère), une action de Maîtrise Collective est effectivement mise en oeuvre ; la détection systématique des IPI confirme que 10 à 12 % des troupeaux détiennent des IPI ; soit 3 à 4 fois le taux d'incidence clinique annuel apparent. L'Ille et Vilaine a adopté, pour les 2 premières années, une stratégie basée sur le volontariat visant à diminuer le nombre global d'élevages contaminés.

Il reste bien sur à en évaluer l'efficacité par l'examen des taux de survie et de transition dans ces zones.

Conclusion

Les outils permettant de décrire la dynamique de l'infection BVD dans les troupeaux laitiers sont aujourd'hui très fiables. Concernant les troupeaux allaitants (qui ne sont pas oubliés dans l'action bretonne) un travail similaire est en cours. Il est clairement mis en évidence que la situation BVD résulte d'un équilibre dynamique entre des assainissements provoqués (plans de lutte) ou  spontanés et des nouvelles contaminations dont une grande partie (probablement la majorité) est due à des contaminations de voisinage.

La stratégie bretonne - connaissance de tous les statuts, puis affinage des statuts non favorables - basée sur une détection élimination des IPI dans les cheptels présentant un risque pour eux même ou pour les troupeaux voisins se met donc en place, selon des modalités légèrement différentes d'un secteur à l'autre, mais avec un objectif clair, qui est la maîtrise de l'incidence clinique

Voir également à ce sujet notre page d'information sur la BVD et la présentation du plan BVD du GDS de l'Isère

Résumé Par :
A.JOLY, Auteur correspondant, GDS 56, BP 110 - 56003 VANNES Cedex
MH GARREC, GDS 29, 3 Allée de Sully - 29000 QUIMPER
B. THIBERT, GDS 29, 3 Allée de Sully - 29000 QUIMPER
G. ARGENTE, GDS 22, 9 r. du Sabot - 22440 PLOUFRAGAN
L. MAURIN, GDS 22, 9 r. du Sabot - 22440 PLOUFRAGAN
L. CLOASTRE, GDS 35 , CS 74241 - 35042 RENNES Cedex
T. LE FALHER, GDS 56, BP 110 - 56003 VANNES Cedex
A. LABROUSSE, GDS 35, CS 74241 - 35042 RENNES Cedex .

Bibliographie .
(1)        BEAUDEAU F, ASSIE S, SEEGERS H, BELLOC C, SELLAL E, JOLY A. 2001. Assessing the within-herd prevalence of antibody-positive cows to bovine viral diarrhoea virus (BVDV) using a blocking ELISA on bulk tank milk. Vet. Rec. 149(8) : 236-240.
(2)        BEAUDEAU F, ASSIE S, SEEGERS H, BELLOC C, SELLAL E, JOLY A. 2001 . Evaluation of blocking ELISA for the detection of bovine viral diarrhoea virus (BVDV) antibodies in serum and milk. Vet. Microbiol. 80(4) : 329-337.
(3)        DELQUIGNY (T). Facteurs de risque de contamination des élevages bovins laitiers par le virus de la Diarrhée Virale Bovine (BVDV) en zone Brocéliande. Thèse de Doctorat vétérinaire ; 2002. Nantes
(4)        JOLY (A). BVD : bilan de 10 années de suivi dans 625 élevages du Morbihan. Bulletin des GTV, 2000, 6 - 47 - 53.
(5)        JOLY (A), BEAUDEAU (F), SEEGERS (H). Evaluation de la prévalence et de la dynamique de l'infection BVD en Bretagne à l'aide d'un test ELISA sur lait de grand mélange : journées de l'AEEMA 2001, 17 18 mai.
(6)        POJER (A). Caractéristiques et pratiques d'élevages associées au statut de troupeaux vis à vis de l'infection par le virus de la BVD (Thèse de Doctorat vétérinaire ; 2000. Nantes)
(7)        UBGDS (collectif). La maladie des muqueuses ; mars 1997.
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